Comment est née la photographie ?
Avant de devenir un objet du quotidien, la photographie a été le résultat de plusieurs siècles de recherches. Entre les premières expériences sur la lumière et les premières images fixées durablement, il aura fallu de nombreuses découvertes et plusieurs inventeurs. Retour sur les grandes étapes qui ont conduit à la naissance de la photographie, au XIXᵉ siècle.
L’histoire de la photographie ne commence pas avec un appareil photo. Dès l’Antiquité, des savants observent qu’une image du monde extérieur peut se former à l’intérieur d’une pièce sombre lorsqu’un petit trou laisse entrer la lumière. Ce principe, connu sous le nom de chambre noire - ou camera obscura - sera étudié pendant des siècles.
À la Renaissance, des artistes et des scientifiques utilisent notamment ce procédé pour mieux comprendre la perspective et reproduire les formes avec précision. Mais un problème demeure : la chambre noire permet de projeter une image, sans toutefois pouvoir la conserver. C’est précisément cette difficulté que les chercheurs vont tenter de résoudre.
Des expériences pour fixer la lumière
À partir du XVIIIᵉ siècle, les progrès de la chimie permettent d'étudier plus précisément les réactions de certaines substances à la lumière. Des chercheurs découvrent que des composés sensibles à la lumière peuvent changer de couleur ou de propriétés lorsqu'ils y sont exposés.
Au début du XIXᵉ siècle, en France, Nicéphore Niépce s'intéresse à la possibilité d'utiliser ces réactions pour obtenir une image permanente. Après plusieurs années d'expérimentation, il parvient à produire ce qui est généralement considéré comme la première photographie conservée.
Vers 1826-1827, Niépce réalise depuis une fenêtre de sa propriété de Saint-Loup-de-Varennes une image connue aujourd'hui sous le nom de « Point de vue du Gras ». Le procédé utilisé, appelé héliographie, nécessite alors une exposition extrêmement longue.
L'image est difficile à réaliser et reste encore loin de la photographie telle que nous la connaissons. Mais une étape essentielle vient d'être franchie : il est désormais possible de fixer une image produite par la lumière.
Louis Daguerre et le perfectionnement du procédé
Niépce poursuit ses recherches et s'associe en 1829 avec Louis Daguerre, un artiste et inventeur qui travaille lui aussi sur les procédés permettant de fixer des images. Après la mort de Niépce en 1833, Daguerre continue les expérimentations. Il met progressivement au point un procédé plus rapide et plus précis : le daguerréotype.
Présenté publiquement en 1839, le daguerréotype produit une image très détaillée sur une plaque métallique. Contrairement aux premières expériences de Niépce, le procédé permet de réaliser des images dans des conditions beaucoup plus accessibles, même si les temps de pose restent encore relativement longs.
Cette année 1839 est généralement considérée comme un moment fondateur de l'histoire officielle de la photographie.
1839 : la photographie devient publique
Le gouvernement français décide de rendre le procédé de Daguerre accessible au public. Le daguerréotype se diffuse rapidement en Europe puis dans d'autres régions du monde.
La photographie commence alors à changer la manière de représenter le réel. Jusqu'alors, un portrait nécessitait notamment l'intervention d'un peintre ou d'un dessinateur. Désormais, un procédé utilisant la lumière peut produire directement une image d'une personne, d'un paysage ou d'un bâtiment.
Les premiers photographes travaillent cependant avec du matériel lourd et des procédés complexes. Poser devant l'objectif peut également demander plusieurs dizaines de secondes, voire davantage selon les conditions. La photographie reste donc une pratique spécialisée, mais son principe est désormais établi.
D'autres procédés apparaissent
Le daguerréotype n'est pas le seul procédé développé au XIXᵉ siècle. En Grande-Bretagne, William Henry Fox Talbot met au point un système différent, fondé sur le principe du négatif et du positif.
Cette méthode présente un avantage important : un même négatif peut permettre de produire plusieurs tirages. Elle constitue ainsi une étape majeure vers les formes de photographie qui se développeront par la suite.
Au fil des décennies, les techniques évoluent : les temps de pose diminuent, les appareils deviennent progressivement plus pratiques et les supports photographiques se perfectionnent.
La photographie commence alors à quitter progressivement le domaine des expériences scientifiques pour devenir une véritable pratique artistique, documentaire et commerciale.
Une nouvelle manière de conserver le réel
En quelques années, la photographie s'impose donc comme une nouvelle manière de représenter et de conserver le monde. Son développement repose sur la rencontre de plusieurs domaines : l'optique, la chimie, les sciences et les techniques de reproduction des images.
La photographie n'est pas née d'une seule invention, mais d'une succession de découvertes et d'expérimentations. De la chambre noire aux travaux de Niépce, puis au daguerréotype de Daguerre et aux procédés de Talbot, plusieurs étapes ont été nécessaires avant que la photographie puisse réellement s'installer dans la société.
Au milieu du XIXᵉ siècle, son histoire ne fait pourtant que commencer. Les progrès techniques vont ensuite permettre de réduire les temps de pose, de multiplier les images et de rendre les appareils progressivement plus accessibles. La photographie va ainsi passer d'une expérience scientifique à un moyen majeur de documenter, représenter et raconter le monde.
Eva Bourlon
Crédit :Point de vue du Gras, la plus ancienne photographie conservée, réalisée par Nicéphore Niépce en 1827.